Le premier galon

24-08-2016… On appareille ! On c’est le bateau, la mer, le vent et moi. 50 litres d’eau, des réserves pour une semaine et quelques frissons à l’idée de partir tout seul pour rallier les anglos. En larguant les amarres j’ai pensé au temps où je grattais le pont et usais mon huile de coude à bouffer de la résine sous vapeur d’Acétone, c’était il y a un an. Entre les deux j’ai vu défiler l’histoire, j’ai revu en accéléré ces moments de labeur où j’apprenais à connaître mon bateau, du partage avec les copains, de leurs conseils distillés au fur et à mesure des navigations, des moments de doute, des temps forts, des temps mous, des temps tout court… de ces centaines d’essai-erreur qui se sont succédées, de mes premières manœuvres dans le port, à la première prise de coffre à Aurigny, du premier sifflement du gonfleur pour mettre le pied sur une plage, du premier départ sous bâbord amure au tour des ports, des premières premières… alors j’ai eu le sourire, et Arnaud de l’école de voile était sur l’eau avec ses loustiques, il est passé à notre hauteur et on s’est fait signe, je partais « Y faire un tour » comme on dit, c’était chouette de le voir avant de pointer l’étrave plein Ouest.

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Dielette – Herm – Sark – Dielette

Aujourd’hui, c’est maintenant ! Mon petit doigt le réclamait et j’étais d’accord avec lui… il fallait « Y faire un tour ». Y faire un tour comme l’ami Gérard me dit parfois c’est y aller en gros et voir où le vent t’amène… Moi j’ai fait soft, je savais que j’allais vers Sark, Herm ou Guernesey, pour le reste on verrait sur place. Mais y faire un tour c’est aussi prévoir la marée, son heure de départ, les hauteurs d’eau, la météo, la nav, les cailloux, noire pute qui vous attend à l’entrée du grand Russel, la bouffe, connaître son bateau et écouter la mer et le vent. C’est aussi s’occuper de son bateau pour qu’il s’occupe de vous, prendre le poids et la mesure, le temps souvent et parfois aller vite en besogne car le grain qui arrive réclame de prendre un ris histoire d’être sûr. C’est un peu de pluie qui passe et on en profite pour se faire chauffer de l’eau, la barre est amarrée avec un sandow. C’est voir qu’il tient le cap et qu’on se sent tranquille… lui à la mer, moi au café. Un peu plus tard, Herm et sa tribut de cailloux nous indiquent qu’on tient le bon cap. On s’engage dans le grand Russel en longeant Herm par le nord. J’ai envie de reconnaitre Belvoir Bay et voir si on peut mouiller… On se met à la cap 10 minutes, je renifle l’air et le vent me dit que pour la nuit, l’abri sera un peu léger… On s’est remis en route  pour longer la côte et se nicher dans le sud de l’île. Là on mouille, la nuit ne va tarder, le bateau est en ordre. On peut se reposer et goûter au plaisir d’y être tout simplement. Là, ici, maintenant. Parce que l’air de rien, on est partit de Dielette tout à l’heure, et là on est là…pile poile au centre du « Y faire un tour ».

Le lendemain on a reprit la route sous un ciel gris sans être menaçant. J’ai rejoint au moteur Sark pour prendre un coffre dans le havre Gosselin. La dernière fois avec Pierre et Sandra on avait mouillé en face de la Coupée, j’avais envie d’y retourner en changeant un peu. Cette fois je me suis mis juste à la sortie du Gouliot en reconnaissant la petite hanse et son caillou trompeur. Là, j’en ai profité pour siester 2 heures, le vent faisait son faiblard, je l’ai accompagné juste après avoir regardé les heures de marée.

Entre deux, un p’tit texto m’indique que Dom est sur Herm. Ok c’est parti. On se remet en route et repassons le Grand Russel dans l’autre sens et cette fois je laisse Fourquies sur tribord pour pointer un peu plus loin dans le passage entre Herm et Jethou. Il y a un quai un peu plus loin où Dom aime bien se poser, et j’aurai peut être la chance de poser Oanig à côté de Slan… il y a encore assez d’eau pour voir si c’est jouable. Finalement non, alors retour à la case mouillage sous Herm avant de gonfler l’annexe et partager le dîner avec les copains. J’ai aimé le retour à minuit lorsque les rames poussaient sur l’eau pour rejoindre le bateau. La lune éclairait la baie, il était là tranquille, attendant le lendemain pour voguer à nouveau.

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Oanig – Sous herm, Guernesey dans le fond

On s’est remis en route avec la marée, une belle trace qu’on a faite lui et moi… les conditions étaient là, la mer belle avec une petit houle, le vent bien établit, j’ai à peine touché au réglage de barre, le bateau filait bien, pointant son nez plein Est en sachant que le courant à la côté allait nous remonter… et c’est passé ! Juste au dessus de la cardinale de Flamanville… Cela nous a pris 5 heures trop courtes pour rallier Dielette, c’était la fin de la journée et Arnaud ramenait ses loustiques au quai. Il est venu à notre rencontre en faisant de grands signes pour nous souhaiter la bienvenue ! Et moi je pétais de joie !

3 jours partis et rentrés à bon port sans bobos lui et moi, trois jours pour un premier petit tour… Et en ce jour d’août où le bateau est rentré à bon port, je me dit que la petite flamme qui crépite au fond des yeux avait raison de réclamer d’aller à présent encore plus loin…

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